Faire la Paix avec son Corps

Au lieu de se battre contre le cancer

J’entends et je lis souvent des mots tels que “le crabe”, “les guerrières”, “la lutte” voire même “la guerre” contre le cancer… Pourtant vous ne me verrez jamais les écrire, ne m’entendrez jamais les prononcer, car ils ne me parlent pas. Pour certaines d’entre nous, ces mots donnent du courage. En ce qui me concerne je n’ai jamais eu l’intention de lutter contre le cancer.

Le cancer est “une prolifération anarchique de cellules”. Ce sont donc mes propres cellules qui décident de “péter un câble”. Par conséquent,  me battre contre le cancer revenait à me battre contre mon propre corps. Il ne s’agissait pas d’une maladie externe, ce n’était pas un virus ou une bactérie qui m’attaquait,  c’était une révolte de l’intérieur, une mutinerie… En tout cas, c’est comme ça que je l’ai perçu à ce moment là. J’ai donc décidé de ne pas me battre contre le cancer, de ne pas me battre contre mon propre corps, j’ai entendu ce signal comme un ultimatum: 

Mon corps était en train de me dire Cette fois-ci, si tu ne m’écoutes pas, j’arrête tout, je me “casse”, comme un compagnon qui vous dit “cette fois tu as dépassé les bornes, tout est fini entre nous!”. J’ai soudain réalisé que je l’avais souvent malmené, si peu écouté, privé de sommeil, privé d’activité physique parce que toujours trop occupée. Ce corps dont je n’ai pas écouté les alertes précédentes, pourtant il y en a eu. A ce moment-là, j’ai senti que je n’avais plus d’autre choix que de l’entendre.

Renconte avec la méditation…

J’ai alors commencé un énorme travail d’introspection. J’ai choisi de travailler sur l’axe du développement personnel car j’ai ressenti un besoin de changement radical. J’ai changé de mode de vie, d’alimentation (Je vous en parlerai dans un prochain article), de croyances…. Et surtout, j’ai découvert la méditation. Moi qui me pensais incapable de méditer. Moi qui pensais que “c’était pour les autres”. Moi qui pensais être incapable de faire taire le vacarme des idées qui s’entrechoquaient dans ma tête. J’ai découvert que la méditation pouvait non seulement apaiser ce tumulte dans ma tête mais aussi me permettre d’avoir les idées plus claires, de me reconnecter à moi-même et de savoir ce qui était bon pour moi. Ce voyage intérieur m’a permis de me reconnecter à mon corps, à moi-même.

Première Méditation

La première méditation guidée par laquelle j’ai commencé s’intitulait  “Dialogue avec les Cellules”,  de Guy Corneau et Pierre Lessard (Lien à la fin de l’article). Cette méditation vous amène réellement à parler à vos cellules, pour leur dire que vous avez compris le message, qu’elles peuvent s’en aller, que vous les remerciez et que dorénavant, vous allez davantage les écouter et faire en sorte que tout se passe bien. La première fois, ça m’a paru bizarre de dialoguer avec mes cellules. Quelle idée saugrenue! Mais jour après jour, j’accédais à une autre compréhension de ce qui se passait pour moi. Cette méditation je l’ai pratiquée chaque jour, de l’annonce du diagnostic jusqu’à la fin de mes séances de radiothérapie. A ce moment-là, j’ai eu le sentiment que toutes les cellules cancéreuses était parties et que je n’avais plus besoin d’aller leur parler. Nous étions en paix.

Introspection

Le livre ” Méditer jour après jour” de Christophe André, m’a également accompagné pendant toute la durée de mes séances de radiothérapie. C’était “mon livre de salle d’attente”. J’ai beaucoup appris et beaucoup de mes a priori sur la méditation sont tombés grâce à ce livre. Ensuite, j’ai utilisé l’application “Petit BamBou”.  Aujourd’hui, je continue à méditer avec des méditation guidées ou sans support. Le sentiment qui m’a accompagné pendant cette période est un sentiment à la fois de calme et de puissance intérieure. Bien sûr, cela n’empêche pas les angoisses, mais j’ai appris que les émotions, même négatives, aussi désagréables soit elles, ont toutes une fonction. Lorsqu’on les accueille, elle ne durent pas. On ne peut pas les éviter, on ne peut que les accepter. A travers ce travail sur moi,  j’ai appris à arrêter de lutter. Non pas à lâcher prise, mais simplement à m’arrêter et observer ce qui se passe autour de moi, mais aussi à l’intérieur de moi. J’ai compris que je pouvais me fier à mes intuitions. Mon corps et mon esprit forment et un duo, et dans un duo il faut trouver un équilibre. La route est encore longue pour trouver cet équilibre. Je crois qu’elle dure toute une vie.

Notre corps est notre véhicule. Si nous ne l’entretenons pas, si nous ne faisons pas attention à lui,  si nous  n’en prenons pas soin, il cesse de fonctionner. Il nous oblige à nous arrêter, parfois définitivement. Aujourd’hui, j’éprouve de la gratitude, même si cette épreuve a été terrifiante, car Oui, j’ai eu peur de mourir, Oui, j’ai ressenti de la douleur, Oui j’ai ressenti de l’angoisse, mais grâce à tout ça, j’ai appris ce qui était important, ce qui avait de la valeur pour moi, où sont mes priorités, qu’est-ce qui mérite mon attention ou pas. Je sais qu’il me reste encore du chemin à parcourir, mon corps me le rappelle encore de temps en temps. Pour moi, ce cancer, c’est mon corps qui a fait la révolution, c’est la révolte intérieure contre la dictature je lui infligeais, c’est une mutinerie dans le rang des cellules de mon sein (au sein de moi)  alors à la place du combat j’ai mis de l’amour, à la place des armes, j’ai mis de la gratitude, à la place de la guerre, j’ai mis du pardon, je me suis choisie moi. Parce que prendre soin de soi n’est pas de l’égoïsme, s’aimer soi-même n’est pas du narcissisme, c’est s’accepter telle que l’on est, avec bienveillance, pour pouvoir être (enfin) soi m’aime ❤️

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